C'est un soir d'automne au Mudam. Julia de Funès intervient devant un parterre de patrons et de présidents de chambres professionnelles, réunis par la Confédération luxembourgeoise du commerce (clc) pour sa «Journée des Présidents». La conférencière et philosophe de l'entreprise leur donne une leçon de management. Elle questionne, bouscule les esprits et livre ses recettes pour permettre aux entreprises de ne plus perdre leurs talents.
Julia de Funès, pourquoi les entreprises s'évertuent-elles à bâtir des organisations qui font fuir les meilleurs alors que leur principal objectif devrait être d'attirer les talents?
D'abord je tiens à préciser que ce ne sont pas "les meilleurs" au sens élitiste ou diplômé du terme, mais je me réfère aux salariés qui ont envie d'agir et d'aller de l'avant pour leur entreprise. Ce que l'on constate parfois aujourd'hui, c'est que le management n'est plus adapté aux compétences actuelles des individus et surtout à la façon de travailler des jeunes talents. Il y a un décalage entre les techniques de management du XXe siècle et les modèles de fonctionnement du XXIe siècle qui doivent être plus fluides, plus sensés.
Ces nouveaux modes de fonctionnement ont changé la donne...
Partout dans le monde, le marché du travail est en mutation. Aujourd'hui, les salariés ont absolument besoin de voir la finalité de leur travail;les métiers sont devenus tellement techniques et spécialisés que les salariés ne voient même plus le fruit de leur travail. Ces dysfonctionnements posent plusieurs questions: Comment redonner du sens au travail, comment donner de l'autonomie aux salariés? A mon sens, il est urgent de laisser les travailleurs exprimer librement leur intelligence critique.
C'est une tendance qui devient de plus en plus prégnante?
Ces nouvelles aspirations viennent d'un nouveau sens du travail. Avant, travailler était une finalité en soi: on travaillait, on se réalisait et c'était le but de l'existence.Aujourd'hui, on travaille pour s'éclater et s'épanouir, pour les plus jeunes générations en tout cas. Le travail est devenu un moyen, alors qu'il était une fin en soi lors des décennies précédentes.Ces aspirations expliquent aussi en partie le mouvement qui est en train de se développer en France autour de la loi Pacte (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises). Celle-ci met les entreprises face à leurs responsabilités, avec des attentes sociétales de plus en plus fortes.
"Aujourd'hui, quand on travaille dans une grande entreprise ou banque, en tout cas en France, ce n'est plus le graal, mais une corvée!
Les entreprises ne peuvent donc plus ignorer les aspirations de leurs salariés?
Les entreprises sont justement en train de se questionner, et c'est une très bonne chose de fait, parce qu'elles sont tombées dans une idéologie procédurale malsaine: il faut exécuter plus qu'entreprendre, s'agiter plus qu'agir, suivre des procédures plus que s'autonomiser.
Le résultat est sans équivoque: les salariés en souffrent énormément. Aujourd'hui, quand on travaille dans une grande entreprise ou grande banque, en tout cas en France, ce n'est plus le graal, mais une corvée! Ce n'était pas le cas pour ma génération. Cela s'est inversé parce que le mode de fonctionnement des grandes entreprises n'est parfois plus adapté aux aspirations individuelles actuelles.
Quelles sont selon vous les principales sources d'insatisfaction en entreprise?
Le manque de sens et d'autonomie, l'inflation de process, le manque de flexibilité et de fluidité.
Comment remédier concrètement à ces dysfonctionnements insensés, souvent sources de burn-out?
Il faut autonomiser les salariés, les responsabiliser, élargir parfois le périmètre de leur travail. Il faut ensuite décloisonner, parce qu'il y a énormément de strates man