Le bureau n’est plus un terrain interdit, même si le retour n’est possible que de manière limitée : un jour par semaine et une occupation maximale de 20 pourcents. Si de nombreux travailleurs ont adopté le télétravail, l’expérience a aussi fait ressortir quelques points sensibles. ‘Le logement n’est pas adapté au travail’ et ‘les déficiences ergonomiques augmentent le risque de symptômes de maladies’ sont quelques-unes des revendications que l’on a pu entendre lors de la table ronde organisée par ‘Le Lab’ français. Dans plus de 70% des logements français, il n’y a pas de place pour le télétravail. Le travail à domicile crée de l’agitation et du désordre. Les logements sont un espace de vie et d’autres critères sont pris en compte par rapport au bureau destiné - de facto - à travailler. Les logements sont plus compacts, c’est plus le cas dans les centres urbains qu’en dehors, et sont donc moins propices au télétravail. Autant d’arguments qui s’appliquent aussi à la Belgique. L’adaptation de l’individu au télétravail a été négligée. Suite à la pandémie du Covid-19, il y a eu un transfert brutal et obligatoire du travail à temps plein au bureau au travail à temps plein à la maison. Dans les organisations où le télétravail était concrétisé, il s’agissait globalement d’une adaptation momentanée. Mais aujourd’hui que la crise sanitaire semble être enfin surmontée, une toute autre situation se dessine pour les travailleurs. Le télétravail devient une régularité qui peut varier de 2 à 4 jours par semaine. Les espaces de vie et de travail diffèrentLe travail à domicile ne se limite pas à de l’espace. L’ergonomie est une donnée cruciale. L’écran d’ordinateur et le ‘siège’ sont des éléments clés auxquels on pense spontanément. D’énormes efforts ont été réalisés ces dernières années dans le monde du bureau à propos de l’ergonomie. Même si l’employeur est prêt à investir dans de l’équipement ergonomique pour le poste de travail à la maison, la question est de savoir si cet équipement peut être installé chez l’employé. Le confort – ou plutôt le bien-être ? - au travail englobe l’équipement proprement dit mais aussi les facteurs ambiants comme la qualité de l’air (aération, climatisation, …), l’éclairage, l’acoustique… C’est peut-être un peu réducteur, mais l’aménagement du bureau et la perception qui en découle ne peut pas être reconstitué au domicile de l’employé. La responsabilité de l’employeur « La technologie doit permettre l’exécution des tâches assignées hors de l’environnement de bureau », précise le droit du travail français, mais sans clarification supplémentaire. Cependant, il est établi que l’employeur reste responsable du travail, alors que le logement relève de la sphère privée et que l’employeur n’a rien à y voir. Lors de la table ronde, un exemple extrême a été avancé sur la manière dont le télétravail peut déraper : un employé qui travaille chez lui ne peut pas être obligé par l’employeur d’allumer son chauffage pendant l’hiver. Si la température à l’endroit du logement où l’employé a décidé de travailler se situe en-dessous de la valeur minimale légale, il peut arrêter le travail… et rallumer le chauffage en soirée pour un usage privé. Cet exemple est poussé mais il montre qu’il est urgent de prévoir un cadre juridique pour le télétravail. Un autre exemple moins extrême mais tout aussi révélateur est l’employé qui travaille avec deux écrans d’ordinateur au bureau pour exécuter ses tâches mais qui n’a pas de place chez lui pour deux écrans. Même si l’employeur veut investir dans deux écrans pour l’usage à domicile, un problème se pose. La responsabilité de l’employeur s’applique aussi à ‘la santé au travail’, et se déplace donc en partie de l’environnement de bureau vers l’environnement domestique de l’employé où il n’a en principe aucune autorité. D’autre part, des maladies et des accidents (de travail) peuvent se produire à la maison, et l’employeur