Facility Awards: Le patrimoine architectural devient un pôle de quartier animé
Le bâtiment brutaliste, à l’angle de la Braemkasteelstraat et de la Driebeekstraat à Gentbrugge, a été imaginé par Paul Felix dans les années ’70 comme centre de services. Aujourd’hui, il accueille la section primaire de l’école Freinet ’t Groen Drieske, la bibliothèque de quartier, l’Académie de Musique, Parole et Danse Kunstbrug, l’Institut secondaire des arts, le café Felix, le commissariat de quartier ainsi que le Service des affaires civiles. Plusieurs salles sont ouvertes aux citoyens et aux organisations locales, et divers espaces extérieurs sont librement accessibles.
Plutôt que de multiplier les bâtiments dispersés dans le quartier, Gentbrugge s’est doté d’un équipement public identifiable, le Felix, où les services sont désormais centralisés. Cette démarche s’inscrit dans la vision immobilière de la Ville de Gand, qui veut lutter contre la fragmentation et réduire son parc immobilier. Grâce à ce projet, plusieurs immeubles locatifs ont déjà trouvé preneur. Pour les bâtiments appartenant à la ville, comme le Braemkasteel qui abritait auparavant l’académie, ils entrent dans la cascade immobilière en vue d’une nouvelle affectation.
Dédié à la rencontre
Les ambitions du projet vont au-delà de la centralisation des services. Outre la prise en compte des besoins du quartier en matière de locaux nouveaux ou modernisés, des efforts ont été déployés pour identifier les points communs, créer des synergies, valoriser le quartier et optimiser l’usage du bâtiment par un large éventail d’utilisateurs. Le Felix fonctionne comme un lieu de rencontre : les citoyens y déposent leurs enfants le matin, puis vont chercher leur nouvelle carte d’identité, empruntent un livre, prennent un café et se croisent naturellement.
Le concept d’ATAMA met l’accent sur la rencontre. En rendant le bâtiment accessible de tous les côtés et en organisant les flux de circulation à partir d’une agora centrale, le projet crée des carrefours et des espaces propices aux échanges. Les différentes fonctions ne sont pas juxtaposées comme des îlots indépendants mais se chevauchent ou s’entremêlent. Certains espaces comme le commissariat de police et les guichets du service des affaires civiles sont réservés à un usage exclusif, mais de manière générale, les lieux sont conçus pour être partagés au maximum : l’académie peut utiliser les salles de classe en dehors des heures du primaire, la cour de récréation au rez-de-chaussée est accessible au voisinage en dehors des heures scolaires et la salle de spectacle – seul nouvel ajout au bâtiment – peut être louée, comme d’autres salles, par des utilisateurs et des organisations externes.
Responsable facilitaire du bâtiment et de la communauté
Pour optimiser l’utilisation partagée, les locaux sont aménagés de manière modulaire et dotés de raccordements techniques en suffisance. Les espaces de rangement sont volontairement placés dans les couloirs plutôt qu’à l’intérieur des locaux. Un système de contrôle d’accès organise les flux de circulation, et un point de poste ainsi qu’une zone centralisée de collecte des déchets sont prévus.
Les services proposés sont adaptés à une usage multiple. Plusieurs services de la Ville assument une partie des tâches : la Mobiliteitsbedrijf, en collaboration avec la Fietsambassade Gent, gère le parking vélos partiellement souterrain, tandis que le Groendienst se charge de l’entretien des espaces verts. En raison de l’utilisation intensive de certaines salles, le FM prévoit des nettoyages supplémentaires.
La nomination d’un responsable facilitaire pour le bâtiment et la communauté est unique et essentielle. Il fait le lien entre les utilisateurs internes, veille au respect des accords, ajuste le cadre si nécessaire et aide à résoudre les éventuels malentendus ou frustrations. Les habitants du quartier et les organisations qui utilisent les espaces du bâtiment sont soumis à un règlement relatif à la location externe.
Le patrimoine se réinvente
Concilier les besoins et les souhaits des utilisateurs, internes et externes, est l’une des missions du projet. Il vise également à aligner la valeur patrimoniale du bâtiment aux normes de durabilité et aux exigences de confort actuelles. Bien que l’ancien centre de services ne soit pas classé monument protégé ni historique, la Ville de Gand a opté pour une stratégie de réutilisation maximale. Les menuiseries extérieures, les sols, les structures en béton, les escaliers et autres éléments essentiels ont été conservés autant que possible, puis optimisés techniquement lorsque c’était nécessaire. Des techniques et des matériaux durables ont été privilégiés. Le bâtiment bénéficie d’une isolation optimale, d’un système de récupération d’eau de pluie, et n’utilise plus d’énergies fossiles grâce à l’installation d’un champ BEO et aux panneaux photovoltaïques.
Plusieurs groupes de traitement d’air au CO2 garantissent la qualité de l’air intérieur, même en cas de forte variation de l’occupation. Un nouveau système de gestion du bâtiment assure un suivi continu, notamment, de la consommation d’eau, de la température intérieure et de la qualité de l’air. Le FM garantit une utilisation optimale des installations disponibles, tout éventuel écart étant identifié et corrigé rapidement.
Projet pionnier
Sans compter les années de préparation, la rénovation et l’agrandissement de l’ancien centre de services ont duré quatre ans, du premier coup de pelle à l’inauguration le 1er septembre 2025. Durant cette période, la Ville de Gand a préparé le bâtiment pour les cinquante prochaines années et tracé les lignes directrices de son avenir. Le Felix illustre les ambitions de la Ville en matière de lutte contre la fragmentation, de valorisation du patrimoine et d’optimisation de la consommation d’énergie. Cependant, son plus grand mérite ne réside pas dans ses qualités matérielles mais dans son impact sur le tissu social.
photos: Stad Gent