03/07/2026

Promouvoir la circularité du mobilier de bureau

Le projet Circular Economy Office

Le constat de départ est alarmant: en Europe, près de 10 millions de tonnes de mobilier de bureau finissent chaque année à la poubelle. À l’heure où la sécurité d’approvisionnement et l’utilisation rationnelle des matières premières deviennent essentielles, il est urgent de changer de cap et d’adopter un modèle circulaire. Le recyclage et la réutilisation doivent devenir la norme. C’est dans ce contexte que le projet Circular Economy Office (CEO) a été lancé pour explorer les possibilités et les défis.

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En Belgique, Vlaanderen Circulair (OVAM), Wood.be, Kringwinkel Antwerpen et Onbetaalbaar ont uni leurs forces pour concevoir une collection de mobilier modulaire basée sur des principes et des matériaux circulaires. (Source: OVAM)

Soutenu par l’UE dans le cadre du programme Interreg North Sea, le projet CEO a réuni des partenaires issus de six pays (Suède, Danemark, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et France) autour du déploiement de projets pilotes. Le projet s’est achevé en mai 2026 et les conclusions ont été présentées lors d’une après-midi d’étude à Bruxelles.

Sept projets pilotes

En Belgique, Vlaanderen Circulair (OVAM), Wood.be, Kringwinkel Antwerpen et Onbetaalbaar ont uni leurs forces pour concevoir une collection de meubles modulaires basés sur des principes et des matériaux circulaires. En parallèle, une étude a été menée pour identifier les leviers permettant d’accroître l’acceptation de ce type de mobilier.
Aux Pays-Bas, la ville d’Utrecht a étudié comment réutiliser au maximum le mobilier existant dans un nouveau contexte, les services communaux étant en pleine réorganisation pour intégrer de nouvelles méthodes de travail. L’objectif est de mener la transition en limitant autant que possible l’achat de matériel neuf.
Toujours chez nos voisins néerlandais, un projet mené par la société de développement Oost Nederland et le centre de connaissances Enschede Textielstad s’est penché sur la production de textiles d’ameublement selon une approche plus circulaire.

Au Danemark, la ville de Copenhague a mis en place, avec des partenaires locaux, un centre de distribution ainsi qu’une boutique en ligne de mobilier de bureau d’occasion. Cette initiative a permis de revaloriser de nombreux meubles qui, autrement, seraient restés inutilisés dans des entrepôts.
À Hambourg (Allemagne), une démarche similaire a vu le jour sous la forme d’un pôle éphémère de collecte et de retrait de mobilier de bureau de seconde main. Le succès rencontré démontre l’existence d’un potentiel encore inexploité. Ce projet a été mené avec le soutien du centre d’expertise HiiCCE et Indeed Innovation.
À Malmö (Suède), les services communaux ont également lancé un programme visant à acquérir un maximum de mobilier d’occasion.
Un projet comparable a vu le jour à Pévèle-Carembault, dans le nord de la France, où un nouveau centre administratif municipal - doté de 130 postes de travail et 21 salles de réunion - a été aménagé selon les principes de l’économie circulaire. Cette réalisation a bénéficié du soutien de l’institut FCBA (Forêt, Cellulose, Bois-construction Ameublement).

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L’échelle R est une méthode d’évaluation de l’impact environnemental des mesures mises en oeuvre. (Source CEO project)

Guides et ressources

Dans le cadre du projet, plusieurs guides et outils ont été élaborés, portant notamment sur la conception, la réglementation et les modèles économiques possibles. Toute organisation souhaitant évaluer sa transition vers davantage de circularité peut utiliser l’outil en ligne CMI (Circular Maturity Indicator). Grâce à un questionnaire, cet indicateur permet d’évaluer dans quelle mesure la circularité est appliquée au mobilier de bureau. Sur cette base, l’organisation peut ensuite définir une stratégie adaptée.
Une question essentielle se pose naturellement : qu’entend-on par circularité ? S’agit-il de la réutilisation de mobilier existant, de son adaptation ou de sa réparation, du recyclage des matières premières, ou d’une combinaison d’un ou de plusieurs aspects ? Pour y répondre, on se réfère à l’échelle des stratégies R, qui classifie les approches selon leur impact climatique. Plus on monte dans l’échelle, plus l’approche est bénéfique pour le climat. La réutilisation (re-use) se situe plusieurs échelons au-dessus du recyclage (recycle). Le recyclage apparaît davantage comme un dernier recours et non comme un point de départ.

L’inconnu est mal-aimé

Une conclusion importante des projets pilotes est que les possibilités de réutilisation du mobilier de bureau sont trop méconnues. Chaque grande organisation possède une montagne de vieux meubles qui prennent la poussière dans des entrepôts ou des greniers encombrés. La visibilité sur ce qui est disponible et encore utilisable est limitée. Les acheteurs partent souvent du principe que les besoins sont mieux satisfaits avec du matériel neuf, sans vérifier au préalable les stocks ni les possibilités de réutilisation, éventuellement après rénovation et réparation. Un préjugé tenace veut que les vieux meubles soient, par définition, laids et moins fonctionnels. L’expérience montre que de nombreux meubles sont jetés bien avant d’avoir atteint leur fin de vie. La plupart du temps, de simples traces d’usure ou des signes d’utilisation mineurs suffisent à les envoyer à la décharge. Pourtant, en les confiant à un atelier de réparation, il est possible de leur donner une nouvelle vie.

Une recherche systématique révèle l’immense potentiel de réutilisation. Pour une organisation, cela permet de mieux exploiter ses actifs, soit en les réutilisant soit en les vendant ou en les louant. Certaines entreprises de déménagement ou de service de débarras en ont même fait un modèle économique. Par définition, elles connaissent bien les besoins des organisations qui emménagent dans de nouveaux locaux et se trouvent à la source même du matériel excédentaire. Elles peuvent valoriser du mobilier qui, autrement, finirait à la poubelle. Dans ce contexte, on peut envisager des formules de leasing où des entreprises spécialisées gèrent un parc de mobilier professionnel. Dans ce scénario, ces dernières ont tout intérêt à ce que chaque pièce soit utilisée le plus longtemps et le plus largement possible.
Le projet CEO vise à mieux faire connaître ces opportunités.

Par Alex Baumans - photos CEO Project

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