29/01/2026

Intervention techniquement complexe dans un bâtiment administratif

La nuit du 25 au 26 janvier 2024, un incendie se déclare dans le bâtiment administratif de la commune de Junglinster. Ce qui avait d'abord été signalé comme une simple alerte à la fumée se transforme en une intervention complexe qui tiendra les équipes du Corps Grand-Ducal d'Incendie et de Secours luxembourgeois (CGDIS) en haleine pendant plus de 36 heures. Conséquence de l’effondrement de la charpente et de la toiture, ce sinistre dévastera le local abritant les archives, le bureau de la population, les recettes, le secrétariat et l’état civil.

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À leur arrivée, les pompiers font face à un embrasement généralisé de la toiture de l’aile centrale du bâtiment. (c) CGDIS

Structure des bâtiments

Le bâtiment concerné est le complexe administratif de la commune de Junglinster (env. 8.800 habitants), situé rue de Bourglinster. Il est accessible depuis différents côtés : via des rues adjacentes et via un accès au parking et aux garages communaux. Le complexe se compose d'une ferme et d'une grange datant de 1783, ainsi que d'un bâtiment moderne (le ‘Kubus’) qui a été ajouté à la grange. La ferme est classée monument national.

La grange, rénovée afin de répondre aux besoins administratifs contemporains, et qui a été le théâtre de l'incendie, mesure 18 x 11 m et abrite au rez-de-chaussée des bureaux, des toilettes, un local électrique et les archives municipales. Au premier étage se trouvent d'autres bureaux et une Le bâtiment a obtenu le label de classe énergétique « B » grâce à l'isolation des murs et des plafonds en bois avec un pare-vapeur, de la laine de roche, des panneaux OSB et des membranes bitumineuses. Des sous-constructions en bois, des pare-vapeur, des panneaux isolants en fibres de bois, un voile noir et des éléments de façade ont été installés sur les murs extérieurs. Après la rénovation, la grange a été dotée d'un nouveau toit en pente recouvert d'ardoises, les murs extérieurs ayant été renforcés par des barres transversales afin de supporter le poids du toit. Les autres bâtiments concernés étaient le nouveau bâtiment administratif (le « Kubus ») de 19 x 19 mètres et l'ancienne ferme de 12 x 12 mètres.

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Afin de préserver la structure historique, une ossature en bois a été érigée à l'intérieur de la grange, constituant ainsi un « bâtiment dans le bâtiment ». (c) Commune de Junglinster / Facebook, 26 janvier 2024

L’intervention

Peu après minuit ce vendredi 26 janvier 2024, le CSU-112 est informé d’un feu au niveau du bâtiment de l’administration communale de Junglinster et avertit les services d’incendie à 00:21. Plusieurs appels reçus font état d’un important dégagement de fumée et d’un incendie dans les combles.
À leur arrivée sur place à 00:35, les pompiers locaux font face à un embrasement généralisé de la toiture de l’aile centrale du bâtiment : la partie centrale (grange) du bâtiment administratif est déjà entièrement en feu et le toit en pente s'est effondré. Le feu se propage déjà horizontalement en direction de la ferme et du nouveau bâtiment (le ‘cube’).
La priorité donnée est de limiter tant que possible la propagation du brasier au reste du complexe. De nombreux moyens sont mis en œuvre, en provenance d’une dizaine de centres d’incendie et de secours. Il est par ailleurs fait usage de drone afin d’acquérir une vue d’ensemble du terrain des opérations.
L’intervention de 90 pompiers permet de stabiliser la situation sur les lieux du sinistre sans pour autant pouvoir éteindre le feu qui couve toujours dans les archives inaccessibles. La difficulté principale de l’intervention est liée au fait que la charpente embrasée est tombée dans le bâtiment, recouvrant ainsi les archives papier de la commune et compliquant considérablement les travaux d’extinction.

L’idée de manœuvre est de dégager les débris bloquant l’accès aux matières embrasées à l’aide d’une pelleteuse excavatrice mise à disposition par une société de construction, puis de procéder à l’extinction finale. Dès le matin, les travaux de déblaiement des pompiers ont continué à l’aide de l’excavatrice, afin d’éteindre les points chauds résiduels. Finalement, les pompiers ont été contraints de réaliser ce travail en grande partie eux-mêmes du fait de l’accessibilité très limitée par des machines. L'intervention est de longue durée, car l'entrepreneur rencontre d'importants problèmes lors de la mise en service de sa pelleteuse. Celle-ci avait dû être livrée en deux parties en raison de ses dimensions.
Les travaux d’extinction finaux dureront encore plusieurs heures. Durant toute la nuit suivante, une équipe composée de 20 pompiers restera sur place pour éviter toute reprise du foyer. Mais 36 heures après le déclenchement des secours, le feu est déclaré éteint à 13h00 et le dispositif levé.

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La difficulté principale de l’intervention était liée au fait que la charpente embrasée était tombée dans le bâtiment. (c) Commune de Junglinster / Facebook, 26 janvier 2024

Difficultés rencontrées

Le commandant des opérations constate l’absence de plans de construction mis à disposition des services de secours.
La structure est composée d’une ossature en bois, constituant ainsi un « bâtiment dans le bâtiment ». Bien que le matériau d’isolation soit difficilement inflammable, le feu s’est propagé par les interstices.
L’absence de protection incendie entre la grange et l’annexe a favorisé la propagation horizontale.
L’effondrement du toit à deux pans a rendu impossible l’accès au faux-plafond en bois à cause des débris. Il n’a été uniquement possible qu’avec la mise en œuvre d’un équipement lourd (pelleteuse de 60 t).

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L’absence de protection incendie entre la grange et l’annexe a favorisé la propagation horizontale. (c) Lt-Col. Pol Wirtz

Dans le faux-plafond de la grange, la propagation verticale a été facilitée par des joints mal réalisés dans les cloisons, les plafonds et les murs et des câblages mal protégés.
Les archives sur deux niveaux, dont la valeur était inconnue (historique ou seulement administrative ?), présentaient une structure complexe et une difficulté d’accès due à l’incendie du bâtiment. Les archives situées au 1er étage étaient en proie à l’incendie et il était trop dangereux d'y pénétrer. Pour éteindre complètement le feu, l'isolation et le plafond ont dû être retirés à l'aide de la pelleteuse. Les archives du 1er étage ont donc été totalement détruites, celles du rez-de-chaussée ont pu être sauvées : atteintes par l’eau, elles ont été évacuées pendant l’incendie. Des membres du personnel des Archives nationales étaient également sur place pour prendre en charge les documents historiques menacés, mais leur aide n'a finalement pas été requise.
La détection incendie avait été partiellement désactivée, par suite des travaux de mise en conformité des bâtiments, occasionnant une alerte tardive.

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La propagation verticale a été facilitée par des joints mal réalisés dans les cloisons, les plafonds et les murs et des câblages mal protégés. (c) Lt-Col. Pol Wirtz

Origine de l’incendie

Quelques mois seulement après le sinistre, la cause de l’incendie était identifiée : trois entreprises artisanales étaient occupées à des travaux de réparation. Lors de travaux de soudage sur l’isolation du toit, un feu couvant est apparu sans qu’il ne soit constaté. Comme celui-ci s’est probablement développé après la fin du travail, le feu a eu le temps de se propager. À minuit, l’ensemble de la charpente de l’ancienne ferme était en feu.
Les travaux effectués en toiture sont bien connus pour être à l’origine de nombreux départs d’incendie. Dans les deux articles qui suivent ce « Feu instructif », nous reviendrons sur l’attention particulière à accorder aux mesures de prévention et de protection lors de la réalisation de tels travaux, et nous insisterons spécialement sur l’importance et l’utilité de la démarche du « permis de feu » . Celle-ci permet de s’assurer que toutes les précautions nécessaires ont été prises par les parties concernées avant d’entamer tous travaux par point chaud : en réalisant cette analyse de risque et en respectant les consignes fixées, les cas de dommages peuvent être réduits dans une très large mesure.

Un an plus tard…

Un an après les faits, la presse s’est inquiétée de l’évolution du dossier du sinistre et de l’éventuelle reconstruction de la mairie : trois des quatre parties du bâtiment sur le site étaient toujours inutilisables. L’administration avait dû louer des bureaux sur un autre site pour héberger provisoirement les services concernés et accueillir ses administrés.
Outre un litige avec les assurances qui retarde l’avancée du dossier de reconstruction, la commune doit également faire face à des complications réglementaires.
Depuis la transformation de l’ancienne ferme en administration communale (2007), de nombreuses normes de construction ont été modifiées, telles que celles qui concernent la hauteur des plafonds ou les normes énergétiques. On peut donc se demander si la commune pourra remettre les bureaux en état comme ils l’étaient avant l’incendie.

Conclusions et bilan

Cette intervention a posé au CGDIS des défis majeurs en matière de lutte contre l'incendie, de protection des biens culturels et de logistique. Malgré les progrès technologiques dans le domaine de la construction, il est essentiel que les pompiers tiennent compte de la diversité des structures des bâtiments existants. L'approche tactique peut varier en fonction du type de bâtiment, qu'il s'agisse d'une construction ancienne, récente ou d'un mélange des deux. De plus, les cavités ou l'isolation existante peuvent diriger la propagation des incendies dans des directions inattendues.
Aucun blessé n’aura été à déplorer et la nouvelle extension inaugurée quelques mois auparavant s’en sortira indemne. Les murs pourront être conservés, mais pour le bourgmestre, il est clair que toute la structure en bois préfabriqué doit être intégralement remplacée. L’objectif est de reconstruire les trois bâtiments, donc l’ancienne ferme, la grange et l’annexe, et de pouvoir boucler les travaux avant 2029.

Avec l’aimable collaboration du Lieutenant-Colonel Pol WIRTZ, Chef de Zone - CGDIS Zone de secours Est

Pour plus d'informations: ANPI: https//www.anpi.beinfo@anpi.be

Incendie de la mairie de Junglinster

Type : Bâtiment administratif.

Date : 26/1/2026.

Lieu : Junglinster (G.-D. de Luxembourg).

Particularités : Bâtiment principal historique classé, avec nouvelles extensions – Ossature bois.

Origine de l’incendie : Soudage lors de travaux de toiture.

Bilan / Dommages : Sinistre estimé à 10 millions d’euros – Nécessité de louer temporairement des locaux pour assurer les services à la population.

Aspects positifs : Aucune victime – Une partie des locaux et des archives a pu être préservée.

Aspects négatifs : Alerte tardive suite à une détection partiellement désactivée – Annonce de l’incendie par des voisins (puis confirmée par une entreprise de surveillance) – Absence de plans de construction – Absence de protection incendie entre la grange et l’annexe.

Sources :

  • Feu de l’administration communale de Junglinster / Corps Grand-Ducal d'Incendie et de Secours (CGDIS), communiqués des 26 et 27 janvier 2024
  • Gemeldeter Brand in einem Verwaltungsgebäude entpuppt sich als technisch aufwändiger Einsatz / Honnertzwielef n° 11, avril 2024, pp. 44-47
  • Incendie à la mairie de Junglinster le vendredi 26 janvier 24 / Lt-Col. Pol Wirtz (CGDIS) - présentation lors du Colloque incendie francophone du 4-5 février 2025 à Gurcy-le-Châtel
  • Versicherungsstreit blockiert Wiederaufbau im Rathaus Junglinster / Volker Bingenheimer - Luxemburger Wort, 27 janvier 2025
  • Un an après l’incendie, la commune de Junglinster se bat avec les assurances / Christelle Brucker - Le Quotidien, 24 février 2025