Réduire, réutiliser, recycler : vers un facility management circulaire
L’échelle des R a servi de fil conducteur à l’événement Tool de belfa, le 22 avril. Cette échelle classe les stratégies de gestion des matières premières et des ressources selon leur capacité à préserver la valeur des produits. Tout en haut de l’échelle se trouvent des concepts comme Refuser (dire non aux produits superflus), Réduire (consommer moins) et Réutiliser (donner une seconde vie) ; les méthodes plus connues comme Recycler et Récupérer/Valoriser étant en bas de l’échelle. Cinq entreprises ont détaillé comment les stratégies les mieux classées peuvent être appliquées au facility management – des solutions faciles à mettre en œuvre jusqu’à une approche intégrée – ainsi que la valeur ajoutée générée envers l’environnement, l’entreprise et les collaborateurs.
Furniture as a service
Alexia Thierie de Live Light a ouvert la discussion en posant la question de savoir ce qu’il advient du mobilier lorsqu’il ne répond plus aux besoins de l’entreprise. Que se passe-t-il quand l’identité visuelle évolue? Si l’entreprise se développe, se réduit ou déménage? La location n’est-elle pas une meilleure option? À l’aide du Circular economy systems diagram de l’Ellen MacArthur Foundation, elle a démontré comment un modèle de location tel que le principe Furniture-as-a-Service de Live Light peut offrir une valeur ajoutée sur le plan opérationnel mais aussi en termes de circularité. « Les entreprises peuvent adapter leur parc de mobilier à leurs besoins, tout en assurant la réutilisation (Réutiliser), l’entretien et leur remise à neuf (Reconditionner). Le mobilier reste en service plus longtemps. Si l’achat d’un bureau, sur base d’une durée d’utilisation de 28 ans, représente par exemple 13 kg CO2e/an, les émissions annuelles seront en moyenne inférieures d’un tiers dans le cas d’une location, en raison de la durée de vie plus longue. »
Gestion durable du mobilier
Jérémy Van Mullem estime lui aussi que les entreprises et les facility managers devraient accorder davantage d’attention à l’impact du mobilier de bureau. En Belgique, près d’un million de meubles finissent chaque année à la décharge. En Europe, ce chiffre atteint 42 millions d’articles, dont la durée de vie moyenne n’excède pas 7 ans. En accompagnant les entreprises dans leurs projets de déménagement ou de réaménagement et en réaffectant (Réutiliser) le mobilier existant, Relieve Furniture, certifiée B Corp, tente d’inverser la tendance. Pour Jérémy Van Mullem, tout commence par une gestion rigoureuse. « Il est frappant de constater qu’aucune entreprise ne semble savoir exactement combien de meubles elle possède, où ils se trouvent et dans quel état. L’un de nos clients pensait en avoir 10.000 : il en avait 80.000. » Il attribue cette situation notamment à l’habitude de ne pas recenser les actifs dont la valeur est inférieure à 1.000 euros. « Si vous faites le bilan, vous réalisez que vous disposez d’un capital énorme, mais invisible. De plus, cette méconnaissance conduit souvent à l’achat inutile de meubles neufs. En gérant le mobilier via notre outil numérique, par exemple, vous pouvez éviter (Réduire) ce genre d’achats. »
Une seconde vie pour les dalles de moquette
Dans un immeuble de bureaux, de nombreux éléments finissent trop tôt à la poubelle. Prenons l’exemple des dalles de moquette. « Selon leur emplacement, certaines dalles sont soumises à un usage intensif, tandis que d’autres ne le sont pas du tout », explique Wim Nijsten de Composil, spécialisé dans le nettoyage et le réemploi des moquettes et textiles. « Pourtant, lors de chantiers de rénovation, elles finissent généralement toutes au rebut. Quand on sait qu’il faut en moyenne 5 kg de pétrole raffiné pour chaque mètre carré de moquette, c’est vraiment regrettable. » Un bon entretien des dalles est une première étape pour prolonger leur durée de vie. Composil mise également souvent sur la réutilisation (Réutiliser) lors de chantiers de démolition et de rénovation. « Chez Engie, nous avons retiré près de 23.000 m2 de dalles de moquettes. Environ la moitié a été réutilisée sur place après un nettoyage, ce qui représente une économie de 220 tonnes de CO2. Les dalles ne doivent pas nécessairement être réutilisées dans le même bâtiment. Sur les 1.690 m2 que nous avons démontés chez OVAM, plus de 1.000 m2 ont été revendus via notre réseau. »
Une approche holistique de l’aménagement durable des bureaux
Bart Coone de MEMO Koncept a démarré son intervention en évoquant les défis globaux auxquels sont confrontés les facility managers : la recherche d’un bureau confortable, sûr, efficace, durable et abordable, conforme à l’ensemble des réglementations, aux objectifs ESG et aux obligations de reporting. Comment y parvenir ? En misant sur le développement durable et la circularité, affirme-t-il. « En partant des principes ESG, nous livrons des bureaux capables de relever tous les défis, sans devoir faire de concessions dans d’autres aspects. » L’approche de MEMO Koncept commence généralement par une consultation du personnel afin de réaliser une analyse des besoins aussi précise et concrète que possible. L’accent est ensuite mis sur un design intemporel, des systèmes HVAC efficaces, l’acoustique et l’éclairage, l’inventaire et l’étude du matériel existant, ainsi que la coordination de partenaires spécialisés. « À la fin du processus, nous établissons un rapport d’impact ESG de l’espace de travail qui détaille ce que nous avons réalisé et permet d’établir un lien avec, entre autres, EcoVadis et CSRD. »
Un environnement de bureau zéro déchet
Lors de leur présentation, Katrien Dauwe et Kevin Van De Casteele de Renewi ont mis l’accent sur l’échelon le plus élevé de l’échelle des R : Refuser. Bien que Renewi soit traditionnellement connu comme un collecteur de déchets, le duo a illustré comment Renewi EcoSmart comme un maillon essentiel de l’économie circulaire et accompagne les entreprises vers une production de déchets résiduels n’excédant pas l’équivalent d’un noyau de prune par personne et par jour. « C’est un projet très ambitieux », reconnait Kevin Van De Casteele. « Pour l’instant, ce sont surtout les organisations animées d’une ambition intrinsèque et disposant d’un budget suffisant qui s’engagent dans cette voie, mais cela ne signifie pas que les autres ne peuvent pas agir. » Selon les experts de Renewi, deux leviers sont indispensables pour obtenir des résultats : les données et l’implication. « Tout commence par une mesure de référence claire. Non pas au niveau du conteneur mais en interne. Pour mettre en place des actions, il faut savoir d’où proviennent les déchets résiduels et quels facteurs les génèrent. Ensuite, il faut s’assurer que les actions et ambitions soient soutenues par l’ensemble de l’organisation. Cela implique de trouver les bonnes mesures incitatives, de communiquer et de communiquer encore. L’appropriation est la clé d’un succès durable. »
Texte Elise Noyez – Photos belfa